Praha hudebnice
À un moment de notre voyage, il m’a semblé que je devais « entendre » Prague pour en percevoir l’âme. Où était le soul slave, celui qui m’avait transporté tellement de fois chez Milan Kundera, auteur dissident tchèque dont j’ai tout lu dans la vingtaine ?
La ville aux cents clochers semble aujourd’hui figée dans le temps. Miraculée de nombreuses guerres, révolutions, rebellions et escarmouches de toute sorte, elle porte son âge certes, mais n'a presque rien perdu de ses atours de jeunesse. Chaque pierre ou presque qui y fut posée y est encore et conserve la trace des générations qui les ont foulées, la marque des siècles de son histoire tumultueuse.
Prague musicienne, grande métropole du royaume de Bohème et qui connaîtra un rayonnement culturel spectaculaire au cours du XIVe siècle sous Charles IV. Puis encore vers la fin du XVIe siècle, alors que la Renaissance a fini de transformer l'Italie, puis la France et l'Allemagne et qu'elle atteint enfin Prague. Une foule d'intellectuels, artisans et artistes accourent dans la capitale tchèque de par toute l'Europe. Prague redevient un des grands pôles culturels de l'Europe du moment, surpassée à peine par Paris ou Vienne.L'âme et la patrie
J’ai voulu savoir et j’ai découvert Smetana et son poème symphonique "Má Vlast" (Ma patrie). En entendant la section Die Moldau* (La Vltava) en particulier, j’ai vraiment cru voir Prague s’animer: les belles de l'époque se font voir avec leurs ombrelles et bottes à boutons sur le Karlův most (Pont Charles IV), leur pas léger fait à peine claquer les pierres rondes du pavé... et avec une hâte contenue, elles font mine de ne pas voir ces messieurs à chapeaux haut-de-forme qui bientôt s'avancent et les saluent... Si vous en avez la chance, précipitez-vous sur cette oeuvre-tableau du passé. Vous aussi peut-être verrez-vous Prague !Si les bios vous intéressent: Voir aussi Un peu plus sur Smetana
L'amour et l'argent
Ce n’est peut-être pas un hasard si Miloš Forman, le grand cinéaste tchèque a eu envie de tourner Amadeus, hommage biographique à Wolfgang Amadeus Mozart.
Mozart a eu une relation bien particulière avec Prague. D’abord il s’y est perdu d’amour pour Josepha Duschek une chanteuse d'opéra dont la voix lui faisait justement perdre la tête et qu’il ne pouvait malheureusement convoiter mariée qu'elle était à son ami mécène, celui-là même qui l'avait présenté à la cour de Prague. Il n'allait tout de même pas se tirer dans le pied !(Au fait, Mozart, il était pas déjà marié lui aussi, et père de trois enfants avec Constanze ?)
Mozart aurait en son temps affirmé que nul mieux que le peuple tchèque ne saisissait son œuvre. Commandé par Léopold II, roi de Bohème de l'époque, le célèbre opéra Don Giovanni fit sa grande première le 20 octobre 1787 à Prague, au superbe Stavovské divadlo (The Estate Theater). Don Giovanni fut livré et dirigé au piano par nul autre que Wolfie en personne. The Estate Theatrer est une beauté architecturale, de style néo-classique. (Regardez-le, on en mangerait: un vrai gâteau de noces à la vanille et aux pistaches ! )
Montant la garde à l’entrée du théâtre: une statue du Commendatore outre-tombe, personnage du fameux opéra bafoué et tué par le grand séducteur et qui «Ô Vengeance ! » reviendra de l’au-delà prendre le Don au collet et l’entraîner avec lui dans la mort. À un moment, le film Amadeus montre un Mozart bouleversé par la mort de son père et qui, inspiré par la culpabilité et la peur, écrit fièvreusement le thème du Commendatore revenu hanter Don Giovanni. Vous vous souvenez peut-être ? On entend alors ce thème magnifique, à faire peur aux enfants. « Chilling !!», comme disent mes voisins.Eh ! Que les choses se règlent donc bien dans les opéras, non ?
Pour les intéressé(e)s aux potins comme moi, aussi anciens soient-ils, sachez que l'aria "Bella mia fiamma, addio" a été inspiré à Mozart par la sensuelle cantatrice. Beltrama, la maison d'été de Josepha abrite aujourd'hui un musée consacré à W.A. Mozart. Pas eu le temps de voir. Faudra que j'y retourne...
Pour écouter:
* "Bella Mia Fiamma, Addio - Resta, Oh Cara", KV 528
**Don Giovanni: Act II: 'Don Giovanni, a cenar teco m'invitasti'
("Don Juan, à dîner tu m’as invité")
P.S. J'ai aussi quelques bonnes trouvailles de jazz. On en reparle ailleurs.
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