mardi 30 janvier 2007

Frost/Nixon

Je suis comblée !

Je savais comme tout le monde que Londres était une mecque de théâtre, que le west-end grouillait de lieux mythiques, d'acteurs au charisme extraordinaire, de véritables bijoux de bons moments à passer. Bon. Ça restait à voir. J'y viendrais, un de ces quatre, entre 2 doses de réalité quodienne. Mais là...

Je suis aux anges. Pendant 2 heures non-stop, au théâtre Gielgud, j'ai été littéralement ravie de mon siège de velours par deux acteurs au talent foudroyant: Frank Langella* (Richard Nixon) et Michael Sheen* (David Frost), l'un américain, l'autre anglais. Je ne connaissais pas cette fameuse série d'entrevues de Richard Nixon, à l'issue de laquelle un hôte de talk-show britannique célèbre, David Frost, apparemment mieux connu pour sa fraîche allure de playboy que pour son acuité politique, aura réussi à réduire Nixon à un balbutiement d'excuses à l'endroit de ses concitoyens américains.

Toute une leçon d'histoire

Qu'un britannique, pas tant journaliste que coureur de 5 à 7, sorte de Pierre Lalonde international, obtienne ce que le monstre sacré avait refusé aux grosses pointures comme le très sérieux Mike Wallace tenait sûrement de... l'aléatoire le plus tordu. En fait, ces entrevues ont fait l'histoire. Elles obtiendront les plus grandes cotes d'écoute d'émissions d'affaires publiques de tous les temps.

"If the president orders it, that makes it legal"

Quelque 18 mois après la découverte des bandes du Watergate et sa démission forcée en août 1974, Richard Nixon maintient envers et contre tous qu'il n'aura fait que son devoir de président des États-Unis et ce, dans le seul but d'assurer l'intégrité et la sécurité de la nation. L'enjeu de ces interviews tant attendues: faire craquer la façade d'un homme extrêmement futé, passé maître ès manipulation des médias. Nixon a besoin d'argent, de beaucoup d'argent pour rembourser ses frais de défense légale. Il se prêtera au jeu pour 600 000$ US.

De l'autre côté du ring, David Frost lui fait face à un dangereux repli de carrière. Il est nerveux, a perdu une série de télé, est sur le bord de passer de "l'autre bord" justement, du côté des has-beens. "Back in the wilderness", dira Nixon, qui comme Frost vient d'un milieu modeste. Frost doit réussir et n'a plus rien à perdre.

Les premières heures d'entrevues sont décevantes aux yeux des producteurs. Les 2 bêtes de scène font la roue, jouent de complaisances et de déclarations intéressées. Les acteurs eux se surpassent. On sent bien chez l'un comme chez l'autre l'amour de la puissance, des égards réservés aux élus, le sentiment de droit aux privilèges qui habitent et font se ressembler les deux hommes. On fraye avec les grands. On rit aussi beaucoup. Que voulez-vous, Nixon avait de l'humour, de ceux qui ont tout vu tout vécu.

"I let the American people down."

Entre chaque rencontre des deux adversaires, on assiste au coaching de chacun par son entourage, tout comme aux combats de boxe. Puis, les protagonistes le réalisent, voilà que la fin du combat approche, oui il y aura bel et bien une fin et un seul d'entre eux sortira de là gagnant. Et là ça se corse, mesdames et messieurs !

Quoiqu'il s'agisse de personnalités archi-connus du public, le jeu n'est pas pour autant tombé dans le cliché. Langella nous livre un Nixon époustouflant de vérité, presque palpable, imbu de pouvoir, tricheur comme pas un mais vulnérable à 73 ans, de taille humaine en finale. Après 28 heures d'entrevue, est-ce par compassion pour David Frost, battant acharné, plus jeune que lui, qu'il finira par rendre les armes et demander pardon ?

Bref, cette pièce, je vous conseillerais d'aller la voir. Elle traversera l'Atlantique et sera à Broadway à compter du 22 avril prochain. Un petit tour vers le sud ça vous tente ?

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Frank Langella* a surtout beaucoup joué au théâtre. Il a interprété William dans Goodnight, and Good Luck (George Clooney) et le rédacteur en chef Perry White dans Superman Returns.

Michael Sheen* a aussi été un acteur de théâtre surtout. En Amérique, on le reconnaîtra surtout pour son rôle du premier ministre britannique Tony Blair dans le magnifique film The Queen.

Heureuse coïncidence pour la néophyte que je suis, l'auteur de la pièce, Peter Morgan a aussi écrit The Queen film que j'ai adoré et qui met en scène mon actrice-fétiche: Helen Mirren, D.C.S. Jane Tennison de Prime Suspect en personne!

Le théâtre: Gielgud Theatre - Review, Map and Local Information

Les "vraies" entrevues sont disponibles sur http://www.frostnixon.com/

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